Quelle est la situation à Fukushima, un an après l'explosion de la centrale nucléaire ?
Une situation encore de crise :
Alors qu'une zone non habitable a été décrétée dans un rayon de quelques km autour de la centrale, de nombreux réfugiés logent encore dans des hébergements de fortune comme salle de classes ou mairies.
Les émanations radio-actives de la centrale se poursuivent, à un rythme certes plus lent que pendant les premiers mois après la catastrophe mais à un niveau suffisamment soutenu pour que TEPCO envisage de construire un plancher sous marin de 7 ha en mer en face de la centrale pour essayer de capter un peu des éléments radio-actifs qui se déversent en mer.
Les mesures de post-crises :
La décontamination a commencé dans certaines communes en débarrassant sols ou éléments pollués. Problème, on ne sait toujours pas quoi en faire. Certains restent en tas sur place, d'autres sont expédiés un peu partout dans le Japon, contaminant de ce fait des régions qui ne l'étaient pas et l'on retrouve des aliments contaminés impropres à la consommation du simple fait d'un contact avec ses déchets non traités (comme du bois radio-actif utilisé pour des traitements de l'eau ou des cuissons ...)
Les personnes proches du lieu de l'accident ressentent de nombreux signes cliniques prouvant leur contamination mais on n'a pas les
moyens ou on ne se donne pas les moyens de les soigner.
Tepco reconnaît la mort de quelques ouvriers ayant travaillé sur la centrale juste après l'explosion (4 morts confirmées) mais... a
perdu le contact avec plus d'une centaine d'entre eux (143 à l'heure actuelle). Sont-ils morts ?
Concernant les autres, non employés par TEPCO, nombreuses sont les disparitions ou les maladies constatées mais on n'ose pas faire de rapprochement avec les émissions radio-actives. Pas de statistiques disponibles. Sont-ils trop nombreux ?
Le comble du cynisme :
Il est difficile de dire quel est ce "comble du cynisme" mais on peut citer :
- L'annonce de TEPCO indiquant que les radio-nucléides, dispersés un peu partout dans la nature ou dans les villes et villages
voisins de la centrale et rendant la vie impossible, ne lui appartenaient plus mais que ces éléments radio-actifs appartenaient à ceux chez qui ils étaient tombés (Voir la demande de l'ancien
golf de Nihon Matzu, 45 km de la centrale, qui avait demandé à Tepco le remboursement des frais de décontamination. Cela a fini par un procès au tribunal et un jugement, donnant raison à ...
Tepco). Voir article de l'Asahi Shimbun, le "Monde" japonais ici.
- Le maquillage de chiffres par les autorités locales pour faire avaler des becquerels à qui n'en veut pas. (Lire ici)
Comme on a continué à produire à Fukushima comme si de rien n'était, il faut bien maintenant faire quelque chose de tous ce riz ou
autre. Alors ??? La tentation est grande de fermer les yeux ou même de maquiller des résultats d'ananlyses.
- Une visite des responsables de l'AIEA le mois dernier au Japon. "Happy to be here"... Heureux d'être là... et de donner leur aval
pour la réouverture de réacteurs dont les populations locales ne veulent plus, après les campagnes de promotion de cette même AIEA pour cette énergie nucléaire propre et sans risque ... (Voir le
courrier de Laurent Mabeesone)
Dur de décider quelle est la pire de ces trois informations... Je penche peut-être pour la première et ne peux m'empêcher de me demander quelle serait l'attitude d'AREVA en France en pareille circonstance. Quelle est la loi, au fait ? Est-ce que tout ce l'on trouve dans son jardin et que l'on n'y a pas mis vous appartient vraiment ? A étudier de près ...
La catastrophe de Fukushima concerne une zone grande comme une région française. Voir ce dossier. Que se passerait-il chez nous dans un cas pareil ?
Et si je devais me présenter aux plus hautes responsabilités de l'Etat, ce qui heureusement pour tous ne sera jamais le cas, je serais sérieusement refroidie par l'expérience japonaise et appellerais de mes voeux des solutions remplaçant au plus vite ce nucléaire décidément redoutable.
Qu'en pensent nos divers candidats ? Et bien pour les principaux d'entre eux, même pas peur !...
Brigitte Grivet
Voir notre article précédent : Nucléaire et bouts de ficelle !
commenter cet article