Le point de vue d’une citoyenne « lambda »
Tout d’abord, une petite mise au point :
Ce meeting était ouvert à tous (y compris le bus bien commode pour s’y rendre) sans aucune restriction : membres encartés, sympathisants de longue ou fraîche date ou simples observateurs intéressés (dont je suis la preuve vivante…) contrairement aux meetings du Front National ou de l’UMP dans notre belle région de Provence-Côte d’Azur auxquels, sans référence ou « parrainage », il était impossible (FN) ou non recommandé (UMP) de se présenter, selon les organisateurs eux-mêmes.
Concernant le Parti Socialiste, c’est mon agenda personnel qui m’a empêchée de « postuler » à une place d’auditeur mais si j’en crois les Primaires Socialistes durant lesquelles j’avais pu exprimer mon point de vue « de citoyenne pas du PS », je pense que j’aurais pu y assister sans problème.
Mon expérience en meetings politiques pour les élections présidentielles 2012 est donc très limitée et loin d’être exhaustive ! Je m’en tiens donc pour l’essentiel aux retransmissions vidéo sur internet et à la lecture des programmes électoraux.
Venons-en maintenant aux faits…
J’ai déjà évoqué par le biais de photos le côté humoristique et presque surréaliste de voir le Prado, les « Champs-Elysées de Marseille », envahi de drapeaux multicolores mais à dominante rouge, contraste frappant avec les habitudes des riverains bourgeois et banquiers de ce boulevard aux contre-allées plantées de platanes et bordées d’immeubles cossus… (Voir : Marseille : du Prado à la plage ... )
Le moment fort du meeting, ce furent bien évidemment les interventions de Clémentine Autain et de Pierre Laurent précédées de quelques vidéos , puis celle de Jean-Luc Mélenchon. (A voir sur : http://www.dailymotion.com/video/xq4qjh_j-l-melenchon-discours-de-marseille_news#from=embediframe )
Mélenchon rappelle en premier lieu l’origine métissée de Marseille, sa place importante en Méditerranée et la force naturelle qui en découle. Beau plaidoyer contre le racisme et l’exclusion…
Les autres points forts de cette allocution :
- La crise, son origine et la nécessité d’y remédier. Grosse différence avec d’autres candidats : l’origine de la crise elle-même est due à des désordres structurels qu’il convient de corriger de toute urgence en réformant le système lui-même. C’est vrai que les options comparées de Sarkozy (diminuer les dépenses publiques et continuer à démanteler les services publics) ou d’Hollande (augmenter les taxes pour préserver l’essentiel de ce qui reste du système social français) font plus penser à des replâtrages sans grandes chances de succès si l’on ne modifie pas les fondamentaux dont nous avons tous perçu qu’ils étaient obsolètes.
-
La planification écologique : mis à part Eva Joly, peu entendue, Mélenchon est bien le seul à prendre la dimension écologique en compte et même à rappeler que nous sommes
face à un changement à venir inéluctable de société, de mode de consommation et de mode de production. Il propose une véritable planification écologique, histoire de mettre l'économie en phase
avec la mutation écologique nécessaire
- La responsabilité citoyenne : Mélenchon en appelle à la responsabilité de chacun, là où il se trouve, avec les moyens dont il dispose, pour participer à un élan de réforme économique et écologique, pour mettre son expérience et son savoir au service de la communauté toute entière. On est bien loin des promesses infantilisantes du candidat Sarkozy qui se veut le protecteur de tout un chacun, fut-ce au mépris des libertés individuelles…
Mélenchon va jusqu’à dire que les salariés doivent avoir un droit de préemption en cas de fermeture d’entreprise économiquement viables mais fermées par des conseils d’administration qui les jugeraient moins rentables que si elles exerçaient leurs talents ailleurs. Et de remettre en selle les SCOP !
Il rappelle que les salariés sont les premiers à pouvoir et devoir dénoncer les atteintes à l’environnement par des productions néfaste à la santé, la leur et celle des autres. Voilà donc le rôle des whistleblowers ou lanceurs d’alerte légitimés… comme celui du Docteur Irène Frachon qui a dénoncé les méfaits du Mediator ou encore celui des citoyens anonymes qui ont alerté l’opinion et les élus locaux sur les dangers des permis de gaz de schiste signés en catimini par un ministre aussi désinvolte et peu scrupuleux que Borloo, par exemple…
Ce qui est réjouissant : ce candidat semble être en phase avec la société dans laquelle nous vivons. Il a bien compris ce qu’est l’écosystème élargi à notre environnement tout entier et ce que sont les aspirations d’une population qui sait la crise et qui veut en sortir par le haut et pas en courbant la tête mais en se prenant en main.
Ce qui est navrant : les autres candidats, du moins les principaux, semblent bien avoir 30 à 50 ans de retard dans leur réflexion et, de ce fait, il n’y a personne pour lui apporter de contradiction valable et faire avancer réellement le débat.
Ce qui est étonnant : le come-back du Parti Communiste via le Front de Gauche. Une véritable révolution culturelle est à l’œuvre dans ce parti ou au moins dans une de ses composantes. Il devient un parti d’avant-garde… qui l’eût cru ?

Ce qui pose question : dans l’avenir dessiné par Mélenchon, les syndicats devraient avoir un rôle important à jouer. En sont-ils capables ? Il va leur falloir à eux aussi opérer des révisions déchirantes et évoluer vite s’ils ne veulent pas constituer des freins à une évolution nécessaire.
Conclusion momentanée : Jean-Luc Mélenchon semble être, parmi les 4 ou 5 candidats principaux à l’élection présidentielle de 2012, celui qui a le plus pris la mesure de l’essoufflement pour ne pas dire la faillite du mode de gouvernance actuel, à moins que les autres ne le taisent pour ne pas nous effrayer (François Bayrou semble toutefois un peu plus clair que Sarkozy, Hollande ou Le Pen mais moins radical que Mélenchon sur ce point).
Les mesures qu’il propose sont-elles les bonnes ? En tout cas, ce sont les seules qui nous sont exposées. Aucun autre candidat ne s'y risque...
Seront-elles appliquées ? Première réponse le 22 avril prochain*.
Brigitte Grivet
* Une étourderie m'avait fait écrire le 26 avril. 1000 excuses aux fidèles lecteurs de ce blog et merci aux amis qui m'ont permis de rectifier....
Un Commentaire intéressant (que vous retrouverez intégralement dans la rubrique "commentaire"ci-dessous avec ma réponse) :
.....Oui, tout cela pour dire qu'avec un bon tribun et aucune envie de gouverner, on
peut faire passer des messages d'une vérité quelquefois excessive ; grossir le trait, même si le fond est bon, est toujours apprécié.
Il est vrai que Mélenchon aborde tous les sujets et même celui de l'écologie ! Bizarre, le PC, la CGT ne seraient plus productivistes
... Ils seraient pour la transition énergétique ? Non, pour avoir assisté à 2 réunions FG dans le Var dont le sujet était "Les énergies", nous, un collègue et moi, n'avons pu aller au bout d'un
raisonnement logique et pas du tout "retour à la bougie". Pour ce public, l'économie et surtout l'emploi priment sur l'écologie. C'est pour ces raisons que j'ai du mal à croire ce que dit
Mélenchon, il parle super bien et profite de cet avantage pour faire un score par de belles phrases qui plaisent au public. Mais, c'est pas mal puisque de l'autre côté, il y a Le Pen qui, grâce à
Mélenchon, peine à draguer un public sensiblement semblable.
Tout compte fait, Mélenchon met l'ambiance dans cette campagne, combat Le Pen et pousse Hollande à plus de gauche, alors qu'il
exprime de très belle manière des projets qu'il ne mettra jamais en place ......
Autre commentaire, qui ouvre des perspectives différentes (à voir aussi dans la rubrique "commentaires" ci-dessous) :
Ceux et celles qui n'ont pas encore compris que nous sommes en guerre contre la finance mondiale paraissent encore sereins, en paix
avec eux mêmes et confiants en des personnages responsables et sérieux. Il suffirait pourtant de regarder ce qui se passe en Grèce et même chez nous où en 2 ans 25% de nos capacités industrielles
sont parties en fumée.
Il y aura encore en cette période charnière de l'histoire des gens pour nous dire qu'il faut être sérieux et qu'on ne peut pas faire
autrement et qu'il faut collaborer avec la finance, et que nous verrons bien plus tard. Et puis il y aura les fous, les irréalistes, qui entreront en résistance et qui se battront et se feront
matraquer même par les autres aussi au nom de la sagesse et de la raison.
Le clivage est en train de se faire plus fortement que jamais parce que là, on voit ce que produit cette guerre, chez les jeunes au
chômage ou au rsa et qui galèrent en cdd, chez ceux qui se font licencier, chez ceux et celles qui n'arrivent pas à payer le loyer.
Et pour ceux et celles qui refusent de voir et qui s'en sortent encore bien avec leur retraite ou leur salaire ce n'est qu'une
affaire de temps: cela va venir comme en Grèce où 1000 emplois disparaissent chaque jour, où les retraites sont divisées en
deux.
Personnellement, je préfère voter et m'engager pour le risque sachant où la "raison" nous emmènera : à la capitulation. C'est donc
par raison que je choisis le risque. Et pour ceux et celles qui enferment Mélenchon dans un personnage manipulateur machiavélique, je pense qu'ils n'ont rien compris en ce qui est en train de se
jouer: un homme a su s'engager avec un peuple (nous) méprisé comme jamais.
Ce peuple qui reprend espoir et relève la tête.
Un 3ème point de vue, pour enrichir le débat... (A lire dans son intégralité dans la rubrique
commentaire)
... tout d’abord les idées développées par Jean-Luc Mélanchon au-delà de son talent oratoire nous font du bien et nous avons envie de les entendre ne serait-ce que son plaidoyer sur le racisme, l’exclusion…
Le discours du front de gauche nous ouvre des horizons que la Cinquième République par son système et ses ‘’pensées uniques’’ a verrouillé pendant tant et tant d’années.
Alors même si nos interrogations sont légitimes : comment le PC a-t- il pu évoluer au point de participer à un tel élan de réformes économiques et écologiques ? Pourquoi serions- nous suspicieux, tout semble possible dans un autre système où les richesses seraient enfin redistribuées ? Et puis la planification écologique n’est-elle pas plus compatible avec le communisme plutôt que le capitalisme ?
De même, pourquoi mettrions-nous en doute la volonté de François Hollande de maitriser les marchés financiers si vraiment le PS a décidé une fois pour toute de se libérer des influences libérales ?
La question qui se pose pour le scrutin du 22 avril n’est pas celle de l’utilité de tel vote par rapport à tel autre, mais plutôt quel est le vote qui permettra de corriger les désordres structurels qui ont engendré la crise dans laquelle nous nous trouvons. Pour cela non seulement ‘’le changement c’est maintenant’’ mais en plus il doit-être radical....
Et de nombreux autres arguments ...
Décidément, la campagne de J.L.Mélenchon a bien réveillé le débat ...
Quelles certitudes avons-nous ?
Que Hollande ne marchera pas dans les pas de la Grèce, l’Espagne et le Portugal du temps des socio-démocrates, en imposant une ‘’rigueur justement partagée’’ ?
Que les transactions financières sur tous les mouvements spéculatifs seront lourdement taxés afin de dissuader les prédateurs de la finance de s’enrichir au détriment du peuple ?
Que les permis d’exploitation sur les gaz de schistes et le projet de forages en mer à quelques kilomètres des calanques et des Iles protégées de Port-Cros, du Levant… ne seront JAMAIS signés (manifestations dimanche 8 avril à La Seyne) ?
Que le politique osera enfin affronter la finance avec courage et détermination ?
Que le dumping social et fiscal au sein même de l’Union Européenne sera interdit ?
Que la fiscalité frappera le capital comme le travail (la TVA ne pèse pas sur le capital mais sur les consommateurs) ?
Qu’il n’y aura pas de nouveaux pays pour entrer dans notre Union Européenne libérale ?
Que les paradis fiscaux seront détruits (d’abord dans l’union européenne, ensuite au niveau mondial) ?
Que le référendum d’initiative populaire sera enfin reconnu ?
Que la Banque Européenne prêtera enfin aux Etats à des conditions décentes et non à des banques privées qui prêtent aux Etats à des taux exorbitants (15 à 25 %) ?
Que les hommes investis par la souveraineté du peuple ne s’abriteront plus derrière leur immunité ?
Que la dette publique enfin sera examinée à la loupe ? plus de 1700 milliards € dont 1200 milliards d’intérêts qui vont enrichir les banques, soit 26000 € par habitant ?? (oui vous avez bien lu !!)
Que les assemblées du peuple retrouveront enfin leurs pouvoirs ? Nous n’avons que faire d’une monarchie républicaine.
Que la vraie parité homme/ femme arrivera dans notre pays qui a inventé les droits de l’homme en oubliant ceux de la femme ?
Cette certitude un seul candidat l’affiche depuis des mois, à tel point que son programme est pillé, même par Nicolas Sarkozy. Le candidat qui dérange en maniant les idées de ‘’révolution citoyenne’’. Oui, le temps est venu de passer à une autre République : celle de la liberté du Peuple, celle de l’égalité entre les hommes et les femmes, entre toutes les générations, celle de la fraternité. Oui nous sommes tous de près ou de loin des enfants d’immigrés. C’est cela la France éternelle. Dimanche, en allant voter, penser à tout cela : ce n’est pas avec des recettes du passé et des idées du passé que notre France sortira du chaos écologique et financier dans lequel elle se précipite.